Le mot du père…

Carême mondial.

Plusieurs personnes m’ont confié que ce temps de confinement leur permettait pour la première fois de leur vie, de vivre un carême pleinement. Comme jamais auparavant. « On se souviendra de ce carême ». Pourra-t-on dire que cette crise aura permis la conversion de beaucoup, et si possible de l’humanité ? Les événements du monde et de l’histoire nous ont mis sur pause. Comme un film d’action qu’on arrête au milieu. Et on attend que ça reprenne. On se demande quand ça reprendra, et surtout COMMENT ça reprendra. Est-ce que « le monde d’après » sera comme « le monde d’avant » ? Saurons-nous changer ? Sortir grandis de cette épreuve ? Saurons-nous ressusciter ?

S’arrêter.

Un psaume m’est venu à l’esprit : « Arrêtez, sachez que je suis Dieu » (Ps 45,10). Loin de moi de penser que Dieu ait envoyé le virus à l’humanité – Dieu ne peut pas en théologie chrétienne vouloir le mal – sujet vaste mais essentiel. Mais Dieu sait comment tirer la lumière des ténèbres et faire passer un message dans le chaos. « Arrêtez, sachez que je suis Dieu », nous crie-t-il. Arrêtez-vous ; arrêtez de courir à gauche et à droite, tout à vos affaires, sans penser vraiment au sens de ce que vous faites, au sens de votre vie, à vos relations et à Dieu ; sans penser à la présence de Dieu dans vos sociétés, votre vie et le monde. Arrêtez-vous, et regardez-vous ; regardez en face votre vulnérabilité. En effet, Seigneur, nous nous imaginions tout puissants et conquérants ; nous voilà pauvres, terrorisés, épuisés. Qui aurait pensé que le monde entier puisse STOPPER sa course folle – une course où les plus puissants se croient les plus forts, oubliant que la croissance matérielle n’est pas une possibilité réelle, mais que le partage seul a les promesses de l’éternité. Nous avons pris conscience que nous souffrions tous les uns avec les autres, les uns pour les autres. Nous avons découvert cette puissante compassion qui habite notre cœur, et cet héroïsme qui fait partie de notre ADN. Beaucoup ont donné le meilleur d’eux-mêmes, malgré leurs angoisses et leurs faiblesses. La sainteté à l’épreuve de la mort. Il a fallu tout cela pour comprendre. Il a fallu improviser une retraite mondiale pour faire le point sur nos choix et tout abandonner pour revenir à l’essentiel.

 Et après ?

C’est pour moi une immense question, faite d’espérance et d’inquiétude. Repartirons-nous comme avant (voire pire encore) ou serons-nous plus sobres et plus sages, plus spirituels et moins matérialistes ? Nul ne sait, car cela dépend de chacun. « Une âme qui s’élève élève le monde ; une âme qui s’abaisse abaisse le monde ». Nous l’avons compris dans cette pandémie : chacun a un rôle à jouer dans le bien comme dans le mal. Mais il est une certitude absolue : depuis la Pâque du Christ, il y a 2000 ans, Dieu a enclenché un processus de transformation définitif, un programme d’assainissement intérieur inédit, un chemin de conversion et de renouveau dans l’Esprit Saint. Nous fêtons Pâques chacun chez nous, comme si Jésus nous demandait à chacun, à chaque personne, à chaque famille : « et si je n’étais ressuscité que POUR TOI ? Accepterais-tu de me suivre ? Accepterais-tu ma main tendue ? Accepterais-tu que je sois vraiment présent dans ta vie ? Accepterais-tu de vivre comme moi, avec moi et pour moi ? » Nous sommes, même encore confinés, devant un choix : celui de la « vie comme avant », en repartant tête baissée dans la folie de la consommation, ou celui de la « vie d’après », celle que Jésus ouvre à Pâques et qui conduit au-delà du voile de notre vie jusque dans la vie éternelle où nos chers défunts nous attendent et nous espèrent. Accueillons-nous ce message ? L’annoncerons-nous ? Personnellement, je répondrais « oui ». Je crois que oui, Seigneur… Je veux bien te suivre avec confiance, avec mes frères et sœurs, ceux que tu m’as donnés pendant cette crise en particulier. Merci de m’avoir donné ta vie et ton pardon pour tout ce que j’ai fait ou que je n’ai pas fait « avant ». Je veux bien, personnellement, te suivre et changer mes priorités, avec Toi, et pour Toi. Bonne fête de Pâques, dans la joie et les larmes, mais bien plus encore dans l’espérance !

père Benoît

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