Le mot du père…

Avent, temps de veille et de conversion

Veiller c’est espérer.
Il y a, dans la veille, l’attente de quelque chose. On n’attend pas le néant. Celui qui veille est dans l’espérance que quelque chose va se passer. On nous parle d’avenir sombre, de crise économique. On se demande quel monde on va laisser à nos enfants et nos petits-enfants, et comment sera le monde dans 20 ou 30 ans ? On a l’impression que le pire est à venir. Or quand on veille, quand on est chrétien, on choisit l’espérance. Si les choses vont mal, après ces difficultés vient la lumière. Derrière le mot « veille », il y a le mot « soleil ». Celui qui veille sait que la nuit a une fin. Après la nuit, viennent l’aube et la lumière. Être chrétien, c’est avoir un coup d’avance : voir le salut qui vient et qui est déjà là. Demandons aujourd’hui un regain d’espérance pour nous-mêmes, et pour le monde. Chacun doit essayer de redonner l’espérance à son entourage. Certes, les nouvelles ne sont pas bonnes, mais à force d’écouter France Info on risque de sombrer dans la négativité. Informons-nous différemment : la Parole de Dieu donne un regard bien plus grand sur les évènements. Être veilleur, c’est donc être tendu vers la lumière—savoir qu’il n’y a pas que la nuit.
Veiller, c’est faire confiance.
Un veilleur sait qu’il ne maitrise pas tout. Grâce à l’éphéméride, chaque jour on sait à quelle heure le soleil se couche et se lève. On sait combien il reste d’heures avant la fin de la nuit. Au niveau de l’Histoire, ce n’est pas tout à fait pareil. La fin de la nuit, on n’en connait pas la date. On ne maitrise pas tout, en tout cas on en maîtrise ni le début ni la fin. Jésus dit : « Vous ne savez pas quand ce sera le moment », contrairement à ce qui se passe pour le lever et le coucher du soleil. « Vous ne savez pas quand vient le maître de la maison », le soir, à minuit, au chant du coq, le matin … La fin de notre monde, nous ne la connaissons pas, on ne peut pas la prévoir – ni les Témoins de Jéhovah, ni les mediums. Si on vous a dit un jour que vous vivriez jusqu’à 80 ans, c’est faux, un mensonge. On ne peut savoir l’heure de notre mort, parce que l’avenir n’existe pas et que le passé n’existe plus – seul le présent existe. Je ne maitrise pas les temps et les moments. On ne maitrise pas l’heure de sa naissance ni celle de sa mort. Je peux mourir aujourd’hui, demain, dans 10, 20 ou 100 ans. Mère Teresa a fait écrire dans les sacristies de ses maisons cette petite prière : « Prêtre de Dieu, célèbre cette messe aujourd’hui comme si c’était ta première messe, comme si c’était ta dernière messe, comme si c’était ton unique messe ». Thérèse de Lisieux écrit pour sa part : « Je n’ai rien qu’aujourd’hui ». C’est peut-être aujourd’hui le grand jour, mon premier jour, mon dernier jour, mon unique jour de la rencontre, et je ne vais pas vers la mort mais vers la Vie. Être chrétien c’est vivre en allant vers la lumière en sachant que je n’ai pas de temps à perdre. Il y a une forme de passivité dans la veille : je ne sais pas quand je suis obligé de faire confiance. Un veilleur c’est celui qui espère et qui fait confiance.
Veiller, c’est aimer.
Il y a une forme de responsabilité, dans la veille. Déjà pour ne pas se laisser aller au sommeil. Si je me laisse aller au sommeil, c’est peut-être par médiocrité, tiédeur ou paresse ; n’êtes-vous jamais tentés par cela ? « Je n’ai pas envie d’aller à la messe, pas envie de communier, pas envie de faire d’effort, pas envie d’être gentil, pas envie d’être adulte, pas envie de… j’ai plus envie ». Un chrétien se dit au contraire : « Je me lève tout de même, je vais redresser la tête et reprendre courage ». Le Maître a donné tout pouvoir à ses serviteurs en donnant à chacun son travail. Quel est ce travail que j’ai à faire aujourd’hui ? Déjà, ne pas perdre son temps. Je perds mon temps dans des choses qui ne me font pas avancer, parfois plutôt reculer. Je pense à ces heures passées devant la télévision, ou Internet. C’est une drogue, et l’on s’abreuve à une source bien noire. Si on ingurgite des mauvaises nouvelles en permanence, on finit par devenir soi-même mauvais. Il faudrait regarder moins d’informations, juste ce qu’il faut—pas besoin de savoir tout ce qu’on sait ! Il y d’autres manières de perdre son temps – en papotage, bavardage, petits jeux, choses qui ne me font pas grandir. On se retrouve à la fin du jour à se demande : Qu’ai-je fait aujourd’hui de consistant ? Suis-je content de moi ? Faites cet examen de conscience tous les soirs (qu’est-ce que j’ai fait d’important, de quoi je suis fier ?) Là commence la vraie vie : ça devient sérieux. Mais quel travail veut le Seigneur ? Que me demande-t-il ? Rien de plus simple ; Jésus l’a résumé (Mt 22) : « Aime ton Dieu, aime ton prochain comme toi-même ». Tout se résout dans l’amour. Le travail que le maitre de maison donne à ses serviteurs c’est d’aimer. Aimer Dieu : Prier, être en relation avec Dieu ; quelle est la place de la prière dans ma vie ; en a-t-elle suffisamment pour m’aider à grandir ? Ou ma petite prière est-elle faite « en passant », histoire de dire que je l’ai faite ? Aimer son prochain : l’écouter, se parler, patienter, lui téléphoner, prendre soin. S’aimer soi-même : Arrêtez de vous détester vous-même. Bernanos disait : « Il est très difficile de se mépriser sans offenser Dieu en nous ». La haine de nous-même (je n’aime pas mon corps, mon histoire, ma famille, ma vie, …) est destructrice. Si vous n’arrivez pas à aimer les autres, très souvent, à la racine, vous ne vous aimez pas vous-même. Pendant le temps de l’Avent, réapprenons à nous aimer à la juste mesure – pas de manière égoïste ou narcissique—mais en s’accueillant tel que l’on est. « Je suis une merveille », puisque Dieu a donné sa vie pour moi, Jésus a versé son sang pour moi : c’est que nous avons de la valeur. Si nous n’en avions pas, Jésus ne nous aurait pas sauvé.
Beau programme d’Avent ! Être des veilleurs : c’est-à-dire grandir dans l’espérance, car le meilleur est à venir ; au-delà des mauvaises nouvelles, Jésus est vainqueur, le soleil est déjà en train de se lever. Avoir confiance que tout peut arriver ; donner ainsi de l’importance à l’aujourd’hui ; me responsabiliser. J’ai ma part à faire, mon rôle à jouer : AIMER.
Père Benoit

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