Le mot du curé…

Chers paroissiens,

Quelques jours après la fête de Sainte Thérèse, j’aurais aimé vous parler de bénédiction de fleurs, de pétales de roses, de joie et d’amour… auxquels je crois sincèrement, parce que c’est authentique. Malheureusement, l’actualité me pousse à aborder d’autres questions douloureuses et révoltantes.

Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Le 5 octobre 2021, la CIASE (Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise), présidée par Jean-Marc Sauvé, rendra public son rapport final. Cette enquête a été décidée il y a trois ans en assemblée plénière des évêques à Lourdes. Le rapport – auquel nous n’avons pas eu accès – sera, dit-on, accablant, certainement choquant. Il met en lumière toutes les personnes victimes, dont la vie est à jamais brisée ; c’est en premier lieu à elles que vont nos pensées, que nous les connaissions personnellement ou pas. Nos mots sont bien-sûr pauvres et inadaptés pour exprimer notre soutien, mais notre silence serait inacceptable.

Ce rapport va créer probablement le trouble, dans la société et dans l’Eglise, et, de nouveau, honte et colère devant des actes inqualifiables. Nous sommes tous éclaboussés par de telles horreurs aux conséquences irréversibles.

Je pense à tous ces prêtres que vous connaissez, dont le ministère est admirable, parfois humble et caché, fidèles toute leur vie au Seigneur et à leurs engagements, qui sont régulièrement discrédités à cause des agissements de leurs confrères coupables. Comme curé, je tiens à soutenir tous mes frères prêtres sur la paroisse, et leur redire ma confiance dans leur mission et dans ce qu’ils sont.

Je pense aux prêtres qui depuis ma jeunesse, m’ont accompagné et m’ont fait grandir : jamais ma confiance n’a cédé.

Je pense à vous, les parents qui nous confiez ce que vous avez de plus précieux au monde, vos enfants : nous voulons que la paroisse, l’Eglise, soit un des lieux les plus sûrs pour accueillir et accompagner la croissance de vos enfants, et nous mettons déjà depuis plusieurs années tout en place pour cela.

Je pense aux jeunes qui se sentent appelés par le Seigneur : j’ai envie de leur dire que c’est possible, que c’est beau, et que le don de soi doit être vécu, plus que jamais, dans la vérité sur soi.

Je pense à tous les laïcs baptisés, vous tous, qui avancez sur le chemin de la sainteté, et qui, comme nous tous, essayez de faire de votre mieux pour suivre Jésus et mettre sa parole en pratique, alors que certains prêtres commettent l’innommable ; vous pouvez vous sentir bousculés, en colère, voire trahis. Je vous comprends mais, oui, je vous encourage et vous soutiens parce que tout ce que vous avez déjà expérimenté dans votre cœur et dans votre relation à Dieu, ces moments où vous avez pris conscience de sa présence et de tous les changements libérateurs qui s’opéraient dans votre vie, tout cela est bien réel. Et tous, je dis bien tous, et nous prêtres en premier lieu, nous tous devons continuer cette œuvre de transformation du cœur, nous convertir avec la grâce de Dieu, choisir le bien, fuir le mal, croire en l’amour de Dieu, en témoigner. Notre conversion est vitale et urgente.

S’il y a une parole qui doit être dite, c’est bien celle de la Vérité, qui doit oser dire le mal tel qu’il est et là où il est ; celle de la Justice, qui doit être faite face à de tels agissements pédocriminels qui ne peuvent rester sans réponse ni sanction ; celle de notre soutien authentique.

Cette parole doit s’accompagner d’actes concrets pour que plus jamais de tels agissements ne se reproduisent et que plus jamais ne soient blessées des vies. Ces actes se sont bien passés, nous ne pouvons pas les nier.

Ce rapport est l’expression de la volonté des évêques à prendre des mesures concrètes pour venir en aide aux victimes.

Ce rapport va être difficile à recevoir et à admettre, notre foi va peut-être être éprouvée, l’Eglise va être salie ; mais les personnes victimes vivent des choses bien plus douloureuses encore. En plus de notre action qui, sous la conduite des évêques, se veut transparente et concrète, il nous faut aussi porter tout cela dans la prière et la foi. Rien ne se fera, autour de nous et en nous, sans la prière, humble, pauvre, suppliante et authentique.

Père Christian

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