Morceaux choisis de la lettre apostolique du pape François qui institue le dimanche de la Parole. Aperuit Illis

Concrètement, le pape suggère de «vivre ce dimanche comme un jour solennel». . Il sera donc utile «de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur». Il exhorte ainsi à «faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion».

Le pape propose aussi que les prêtres remettent «la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina».

 

Devenir familier de la Parole pour évangéliser

François insiste sur le fait que «ce jour consacré à la Bible veut être non pas “une seule fois par an”, mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture sainte et du Ressuscité». Il est donc recommandé «d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture sainte, sinon le coeur restera froid et les yeux resteront fermés». Le pape souligne «l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle». La fréquentation de l’Eucharistie est aussi indiquée, car «Écritures et sacrements sont inséparables». La foi y trouve son aliment vital, car «le lien entre l’Écriture sainte et la foi des croyants est profond», est-il rappelé.

La Bible n’est pas une «collection de livres pour quelques privilégiés»

La Parole de Dieu rassemble et doit être rendue accessible à tout le peuple de Dieu, explique également François. «La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés». «Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi», avertit le Saint-Père. «La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple».

 

Écriture sainte et Tradition sont liées

François met ensuite en valeur la «finalité primordiale» du texte sacré : «notre salut». La Bible possède un «indéniable enracinement historique», mais elle est aussi «entièrement tournée vers le salut intégral de la personne». Et pour «atteindre ce but salvifique», le Saint-Esprit remplit une mission essentielle. Il «transforme la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint». Le pape invite à «avoir confiance en l’action de l’Esprit saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle».

Une autre idée développée est celle du lien entre l’Écriture sainte et la Tradition, établi notamment par l’Incarnation du Verbe de Dieu. «On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation», prévient le Pape, qui souligne que la «foi biblique» se fonde «sur la Parole vivante et non pas sur un livre».

 

Ne pas s’habituer à la Parole de Dieu

François conclut sa réflexion en montrant combien la Bible peut et doit nourrir la vie des croyants, jour après jour, jusqu’à transformer leur manière d’être et d’agir, leur permettant ainsi de réaliser pleinement leur vocation baptismale. L’Écriture sainte «demeure toujours nouvelle», et sa fonction prophétique «ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole». Le pape demande «de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères». Une fois qu’elle a rejoint et envahi le coeur du croyant, celui-ci est alors poussé «à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient».

Une source de charité et de sainteté

Son caractère performatif s’exprime aussi par des actes, comme l’a lui-même montré Jésus, la Parole incarnée. «Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité», peut-on lire. «Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est un grand défi pour notre vie, estime le Saint-Père. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité».

 

J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées; Tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon cœur

Jérémie 15

Il me dit: Fils de l’homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne! Je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel. EZEKIEL 3

Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.Ps 62,6

 

Saint Jérôme pouvait écrire : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ »

Quand on s’arrête pour méditer et prier sur le texte sacré, on est capable de parler avec son coeur pour atteindre le coeur des personnes qui écoutent, pour exprimer l’essentiel qui est reçu et qui produit du fruit. Ne nous lassons jamais de consacrer du temps et de prier avec l’Écriture Sainte, pour qu’elle soit accueillie « pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu » (1Th 2, 13).

« et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (v. 27) Le Christ est le premier exégète ! Non seulement les Écritures anciennes ont anticipé ce qu’Il aurait réalisé, mais Lui-même a voulu être fidèle à cette Parole pour rendre évidente l’unique histoire du salut qui trouve dans le Christ son accomplissement.

 

Lorsque l’Écriture Sainte est lue dans le même esprit que celui avec lequel elle a été écrite, elle demeure toujours nouvelle. L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire. Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole. Jésus lui-même l’affirme clairement au début de son ministère : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21). Celui qui se nourrit chaque jour de la Parole de Dieu se fait, comme Jésus, contemporain des personnes qu’il rencontre ; il n’est pas tenté de tomber dans des nostalgies stériles du passé ni dans des utopies désincarnées vers l’avenir.

Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est un grand défi pour notre vie. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité.

« Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite St Ephreme (Commentaires sur le Diatessaron, 1, 18). (n° 2)

Le pape est aussi un peu flou lorsqu’il parle d’un véritable ministère pour les lecteurs (n° 3,) et plus loin des pasteurs qui ont la vocation d’être « ministres de la Parole » (n° 5). Toutes ces approximations traduisent la position de plus en plus ambiguë du pape tiraillé entre des fidèles qui continuent de croire à ses velléités d’ouverture et d’autres, parfois très virulents, qui sont prêts à le traiter d’hérétique. Je redoute que ce texte, rédigé visiblement à la hâte, de circonstance avec le 1600ème anniversaire de la mort de Saint-Jérôme (30 septembre), soit reçu avec légèreté et donne lieu à des actions événementielles superficielles et sans conséquence profonde. De toutes façons les textes pontificaux font rarement l’objet d’une information et de commentaires dans nos paroisses de base !!!

 

Pour que la Parole redevienne vivante, il faudrait certes l’actualiser, pas seulement, comme souvent, d’une manière moralisatrice au goût du jour mais en redonnant aux textes toutes les couleurs vives qu’ils avaient dans leur contexte de rédaction grâce aux progrès immenses de l’exégèse. Alors, là, véritablement pourrait se faire l’Incarnation de la Parole dans notre temps, bien loin des valeurs normatives saint-sulpiciennes qui l’obscurcissent encore et empêchent tout questionnement pouvant la rendre actuelle et vivante.

François, lui, ne suggère pas d’ouvrir le ministère du lectorat existant aux femmes mais d’en proposer un « similaire » ouvert à tous. Une expression floue qui laisse une marge de liberté aux évêques sur la définition de ce ministère et invite à penser hors des catégories ordinaires, généralement minées sur le plan idéologique.

Françoise.

Sources:
http://www.bible-parole-et-paroles.com/2019/10/le-motu-proprio-aperuit-illis.html
La Vie, 30 septembre 2019
https://nice.catholique.fr/le-pape-institue-le-dimanche-de-la-parole-de-dieu/

retrouvez la lettre du pape: http://www.vatican.va/content/francesco/fr/motu_proprio/documents/papa-francesco-motu-proprio-20190930_aperuit-illis.html