Homélie du 15 aout 2016 en Notre Dame de Consolation

femme-priant

15 août 2016

Le propre du Démon est de terroriser, de diviser et de détruire.

Le propre de Dieu, au contraire, c’est d’apaiser, d’unifier et de faire grandir. Et la Vierge Marie, la bienheureuse Mère du Christ, Mère de l’Eglise, et Patronne principale de la France, est la plus belle image d’une humanité vraiment apaisée, d’une humanité unifiée et rayonnante.

Ce mardi 26 juillet, fête de Ste-Anne, dans l’église de St-Etienne-du-Rouvray, le père Hamel va terminer la célébration de la messe. Deux jeunes entrent, le mettent à genoux et l’égorgent devant les yeux de 4 religieuses âgées et d’un couple âgé. Dans les minutes qui suivent, les otages, dont un est grièvement blessé, se retrouvent dans un huis clos étrange avec leurs bourreaux (dialogue rapporté par le magazine La Vie). L’un d’eux demande à une sœur si elle connait le Coran. « Oui, je le respecte comme je respecte la Bible, j’ai déjà lu plusieurs sourates. Et ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les passages sur la paix. » « La paix, c’est ça qu’on veut… », lui répond le jeune homme.

Mais de quelle paix parlait-il ??? Comment ces jeunes de 18 ou 20 ans ont-ils pu basculer dans l’horreur, trouver l’énergie et l’envie d’égorger un homme de Dieu, âgé qui plus est, dans un lieu sacré, une église, considérer cela comme un exploit, puis se précipiter volontairement vers la mort en criant que Dieu est Grand, intimement persuadés de plaire à Dieu ? Mais de quelle paix parlons-nous ? De quel Dieu parlons-nous ? Et de quelle humanité rêvons-nous ?

Nous savons bien que la situation est immensément complexe en France, en Europe et dans le monde, qu’elle mêle une crise géopolitique à de plusieurs autres crises – économique, culturelle, religieuse, éducative… Beaucoup sont à la recherche des causes de tous ces drames. La question que nous devons nous poser, n’est-elle pas celle plutôt de la réaction et des décisions à prendre ? Dans ce contexte, quelle réaction devons-nous avoir comme chrétiens, comme citoyens, comme communauté ? Comment réagissons-nous ? Certains sont tentés par le désespoir ou la violence, d’autres prédisent la fin du christianisme ou le début d’une prochaine guerre civile ; dans ce contexte, quelle peut et doit être notre attitude de croyants, de baptisés, de disciples de Jésus, fils et filles de la Vierge Marie ? Et nous à Hyères, qu’allons-nous faire ?

Souvenons-nous de l’histoire de ce lieu : je fais référence évidemment au 15 août 1944 ; une explosion programmée par les nazis détruisit intégralement l’antique église de Costebelle, et l’immense statue de la Vierge qui dominait un clocher de plus de 20 mètres, au lieu de se désintégrer en tombant sur les blocs de pierre d’un sanctuaire anéanti, est restée debout au milieu des ruines.

En ces heures d’obscurité et de peur de l’avenir, rappelons-nous que la France est depuis des siècles – même si cela n’a été officialisé qu’en 1922 par Pie XI – sous le patronage principal de la Vierge Marie, et que la fête patronale de la France – si l’on peut s’exprimer ainsi – est donc le 15 août, jour choisi pour célébrer l’entrée de Marie au Ciel, en son corps et son âme, à la suite de son Fils Jésus ressuscité ; rappelons-nous que l’Assomption est le jour de la victoire du premier être humain, 100% humain, sur la mort, la désespérance et les ténèbres. Et c’est une femme qui l’a fait. Et cette femme protège la France, parce que la France a eu, a et aura une mission spéciale dans l’histoire spirituelle du monde.

Non pas que la France soit meilleure que les autres ; chacun de nous et chaque région du monde a une mission dans l’histoire et dans le cosmos. Mais Saint Jean-Paul II l’a rappelé en 1981 au Bourget : « France, fille aînée de l’Eglise, qu’as-tu fait de ton baptême ? »

Sa protection, Marie l’a manifestée à plusieurs reprises sur notre pays :

Le 17 janvier 1871, alors que la France est vaincue par la Prusse des enfants voient la Vierge à Pontmain, en Mayenne, les inviter à la prière, alors que la situation semble désespérée : « Mais priez mes enfants, mon Fils se laisse toucher ». Et la guerre cesse dans les jours suivants.

Le 8 décembre 1947, au sortir de la guerre la France traverse une période de très grave instabilité politique, économique et sociale ; à L’Île-Bouchard, en Touraine, des enfants voient une dame qui leur dit : « Dites aux petits enfants de prier pour la France… (courte pause), car elle en a grand besoin. » La situation dans le pays se rétablit brusquement quelques jours après.

La première réaction que le Ciel attend donc de nous – et Marie l’a plusieurs fois rappelé lors de ses apparitions en France – la première réaction, c’est sans conteste la prière. Une prière évidemment ardente, audacieuse, insistante et pleine de foi. Nous avons parfois perdu depuis des années l’habitude de prier, de prier vraiment, et de prier spécialement pour notre pays, par peur du nationalisme ou du patriotisme. On s’est mis à redevenir français et à sortir les drapeaux lors des finales de coupe d’Europe et de coupe du monde. Pourquoi ne pas retrouver cette intention spéciale de prière pour la France ? Sans oublier le monde ni nos familles, bien entendu. Mais prier pour la France. La prière est notre arme secrète et principale : elle permet d’atteindre le mal de l’intérieur et d’agir là où ni les paroles, ni les actions, ni aucune éducation humaine ne peut intervenir – le cœur et la conscience des hommes.

  • Quelle est la place de la prière dans ma vie, surtout dans mes moments de doute, d’inquiétude ou de peur ? Seigneur, par Marie, répands sur nous un esprit de prière…

 

La seconde réaction que le Ciel attend de nous – et Marie nous le rappelle aussi dans ses apparitions – c’est la conversion personnelle, notre propre retour à Dieu. La Mère de Jésus disait déjà dans l’évangile de Jean : « Faites tout ce qu’Il vous dira », « Faites tout ce que Jésus vous dira ». Marie, Servante du Seigneur, nous apprend qu’il n’y a pas de plus grand bonheur que celui de faire la volonté aimante de Dieu. Notre seconde parade à la violence et au terrorisme est donc de devenir d’authentiques serviteurs et servantes du Seigneur, de devenir des disciples convaincu et joyeux du Prince de la Paix, Jésus le Seigneur.

Je vais dire quelque chose qui va sembler provocateur et direct, mais je vais le dire. Nous avons nous-mêmes, comme occidentaux, fait d’une certaine façon le lit de l’extrémisme par notre tiédeur et notre médiocrité. Les islamistes considèrent l’Occident et les chrétiens en particulier, comme des dégénérés, des ventres mous, des mécréants ; ils nous méprisent ; ils se sentent investis d’une mission religieuse qui dépasse notre perte d’identité religieuse. Nous ne faisons plus baptiser nos enfants ; et lorsque nous les faisons baptiser, nous ne les éduquons plus chrétiennement ; et lorsque nous les éduquons chrétiennement, nous ne leur montrons pas l’exemple d’une foi convaincue et joyeuse ; lorsque nous sommes en société, nous n’osons pas dire que nous sommes chrétiens, nous n’osons pas vraiment défendre le Christ et l’Eglise, nous hurlons avec ceux qui – tout en étant baptisés et se disant « catholiques » – se moquent de leur propre communauté religieuse. Il est probablement venu le temps de retrouver un peu de cohérence, d’arrêter de « cracher dans la soupe », ou de donner le bâton pour nous faire battre. Si nous pensons et disons que le christianisme est mourant, ne nous étonnons pas que les islamistes le pensent eux-mêmes – à qui la faute ? Le christianisme ne mourra pas, parce que le Christ est Vivant, il est ressuscité, il est Seigneur des seigneurs et Sauveur de toute l’humanité : si le christianisme est mourant, ce n’est pas dans le Christ qu’il est mourant, ce n’est pas dans le monde qu’il est mourant, c’est dans nos cœurs qu’il l’est peut-être – parce que nous le laissons mourir et que nous ne savons plus pourquoi nous sommes baptisés ! « France, fille aînée de l’Eglise, qu’as-tu fait de ton baptême ? ».

Le problème n’est donc pas d’abord la diffusion de l’islamisme, mais le déficit de christianisme (analyse d’Angela Merkel en 2015 devant les étudiants de Berne)[1]. Retrouver le chemin de la foi, de la vie de foi, est possible, elle est possible aujourd’hui, elle est possible, que dis-je, elle est nécessaire et vitale ! Et elle nous comble de joie.

  • Seigneur, par Marie, fais de nous tes disciples ; renforce en nous la foi, fais-nous te rencontrer ; nous te donnons nos vies pour que tu les transformes…

 

La Troisième réaction que le Ciel attend de nous, en plus de la confiance dans la prière, le courage d’une vie de disciples, c’est l’audace de l’évangélisation. L’évangélisation est souvent confondue avec du prosélytisme, c’est-à-dire la diffusion d’une idéologie – « j’ai raison, tu as tort, donc change de religion, change de parti, change de syndicat ou de club de boules, et tu seras sauvé ». Le prosélytisme n’est pas que religieux, il peut être philosophique, politique, économique, écologique ou maçonnique… Nous ne sommes pas appelés à être prosélytes, mais à être des témoins – dire ce que nous croyons, la joie de croire, et montrer combien cela rend la vie plus belle. Oser inviter, oser dire que nous aimons Jésus, que nous l’avons rencontré, qu’il a changé nos vies, et que chacun peut faire cette rencontre, cette expérience transformatrice. Oser inviter à l’Eglise, inviter à lire l’Evangile, inviter à un parcours Alpha ou à un pèlerinage. Si nous croyons que Jésus est si bon, qu’il a sauvé nos vies et changé nos cœurs, pourquoi garder cela pour nous ? L’amitié avec tous, le dialogue interreligieux, et la connaissance de l’autre font partie de cette démarche. Vous connaissez cette maxime : « Si tu veux apprendre le latin à John, tu ne dois pas nécessairement maîtriser parfaitement le latin, mais tu es obligé de bien connaître John ». Ne nous replions donc pas sur nous-mêmes, mais allons au contraire au devant de nos frères, croyants et incroyants, ne serait-ce que pour les saluer, entrer en dialogue, faire connaissance, sourire – je crois très sincèrement à la pastorale du sourire.

  • Seigneur, nous avons peur de parler de toi, de nous afficher comme chrétiens en tout temps et en tout lieu ; donne à chacun un esprit missionnaire, que nous osions dire notre joie de croire et d’appartenir à l’Eglise notre famille…

 

Du haut du ciel, Marie, Mère de Jésus, nous regarde et nous aime comme ses enfants. Elle nous encourage sans cesse à plus de prière, plus de fidélité au Christ, et plus d’audace missionnaire. Prier, vivre sa foi, la partager : voilà nos armes, voilà nos armes, voilà notre chemin vers la paix et la victoire.

 

Marthe Robin priait ainsi en 1943 :

« Ô Père, ô mon Dieu, délivrez, sauvez maintenant votre France ; préparez le cœur de ses enfants à la mission qu’ils vont avoir à accomplir pour elle, pour toutes les autres nations, pour l’Eglise tout entière.

Ô Père, ô mon Dieu, que le cœur de tous vos élus tressaille maintenant à votre appel, reconnaissant votre voix et votre commandement, votre invitation à agir ; conduisez-les, ô mon Dieu, chacun à sa place et chacun à sa mission et imposez-leur vous-même tout ce que vous voulez de chacun et de tous. Que rien ne soit l’effet de leur choix, ô mon Dieu, mais de votre unique désir, de votre unique volonté d’amour. Ô Maman chérie, ne les laissez ni s’égarer, ni se tromper. »

[1] « Nous devons avoir aussi le courage d’être chrétiens, le courage de susciter un dialogue… aller à la messe, connaître la Bible, expliquer un tableau accroché dans une Église, après tout, ce ne sont pas des tares !… Si vous demandez à des écoliers d’expliquer ce qu’est la Pentecôte, les réponses seront décevantes ». Pour elle, il n’y a pas lieu de se plaindre que les musulmans connaissent bien l’islam. En revanche, « ce débat devrait plutôt nous amener à nous pencher un peu plus sur nos propres racines » .

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