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Fête Saint Philippe Néri, le 26 mai 2017

Homélie du Père Benoît Moradei lors de la messe de 10H30 à Saint Louis.

Pour se repérer dans la vie de St Philippe, il faut retenir 5 dates majeures :

  • 1515 : naissance à Florence
  • 1534 : arrivée à Rome (19 ans)
  • 1551 : ordination sacerdotale (36 ans)
  • 1575 : fondation de l’Oratoire (60 ans)
  • 1595 : mort un 26 mai (à presque 80 ans)

Pourtant, il faut chercher le moment le plus important de sa vie dans une 6ème date, l’événement central de sa vie spirituelle, son secret le mieux gardé jusqu’à sa mort : l’effusion du Saint Esprit, alors qu’il priait dans les catacombes de Saint Sébastien la veille de la Pentecôte, la nuit du 5 au 6 juin 1544 : 

Voici le récit de Gallonio : « Philippe avait aussi pour habitude quotidienne de prier spécialement le St Esprit et de lui demander en toute humilité ses grâces et ses dons….Tandis qu’il priait ainsi un jour de l’an 1544 avec grande ardeur, il sentit soudain dans son cœur une telle explosion du grand amour du St Esprit qui le submergeait, que le cœur se mit à battre si fort dans sa poitrine qu’on pouvait l’entendre du dehors. C’était comme si cet amour voulait tirer jusqu’au ciel ce corps pesant de sa nature. » (vita p.21 et ss). Capacelatro, biographe du XIXème siècle note : « L’amour pour Dieu déborda de son âme dans son corps et fit affluer le sang vers son cœur avec une telle force qu’il en illumine et enflamma tout son être… Cette expérience de l’amour emplit Philippe d’une joie folle, une joie qui lui vient tout entière de l’amour de Dieu. » (vita p.159-160).

Lorsque nous avons fondé l’Oratoire, il y a cinq ans maintenant, cet événement de la Pentecôte nous a conduits à choisir pour devise un verset du Stabat Mater : « Fac ut ardeat cor meum ».

« Fac ut ardeat cor meum / in amando Christum Deum, / ut sibi complaceam. »

« Fais qu’en mon cœur brûle un grand feu pour mieux aimer le Christ mon Dieu et que je puisse lui plaire. »

Avantages : cœur de la spiritualité de St Philippe ; composé par un franciscain, Jacopone da Todi, à peu près à l’époque de la construction de St-Louis ; une prière mariale liée à la consolata, Marie au pied de la Croix…

Lorsque nous avons travaillé la vision pastorale il y a deux ans, le groupe de travail a été conduit à ce slogan : « Un cœur brûlant pour des vies nouvelles », avec cette idée que si nous voulions renouveler notre ville, il fallait commencer par renouveler notre ferveur. Nous étions arrivés à la même image, celle du cœur brûlant, par deux chemins différents. De toute évidence, le Seigneur a quelque chose à dire à Hyères sur la ferveur et sur l’Esprit Saint ! Ce qui nous guette, de toute évidence, à Hyères comme ailleurs, c’est la tiédeur, l’habitude, le découragement devant les épreuves de la vie ou l’immensité des tâches à accomplir. Il existe une maladie spirituelle grave, l’acédie, une forme tristesse, de dégoût, d’habitude sans goût des choses de Dieu. On n’avance plus, on trouve le temps long, on ne se remet plus en question, on s’installe…

Ap 3,14-20 : « À l’ange de l’Église qui est à Laodicée, écris :…  Je connais tes actions, je sais que tu n’es ni froid ni brûlant – mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant. Aussi, puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche. (…) Moi, tous ceux que j’aime, je leur montre leurs fautes, et je les corrige. Eh bien, sois fervent et convertis-toi. Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »

St Philippe a donc une leçon de vie spirituelle et missionnaire à nous donner, spécialement à Hyères, puisque la paroisse est confiée à l’Oratoire. Ce cœur brûlant n’est pas réservé aux oratoriens : c’est sous une manière ou une autre un événement qui caractérise la vie des plus grands saints de l’Eglise, avec pour St Philippe cette particularité qu’il l’a vécue bien avant son ordination sacerdotale, comme simple laïc, ermite dans la Rome décadente de son époque. 

Comment Philippe a-t-il vécu cet embrasement intérieur (il n’y avait pas Alpha à son époque…) ? Comment s’est-il prolongé dans sa vie ? Quels fruits cela a-t-il porté dans sa vie ?

Ce qui a permis à St Philippe d’être rempli de l’Esprit Saint de manière si complète et si durable, ce sont d’abord les moyens classiques de la vie spirituelle :

  • l’adoration eucharistique (40 heures) et l’assistance fréquente à la messe
  • la confession fréquente
  • l’oraison silencieuse
  • la lecture de la Parole de Dieu
  • l’amour de la Vierge Marie
  • l’humilité, le désir et la docibilitas ou « capacité à apprendre »

Ajoutons deux moyens particulièrement originaux :

  • une grande familiarité avec les saints
  • une très grande dévotion à l’Esprit Saint

Nous pouvons apprendre de ces moyens, et prendre la résolution, pour plus de ferveur, de plus prier, plus fréquenter les sacrements, lire la Parole de Dieu, prier Marie, lire la vie des Saints – et surtout avoir un grand désir intérieur de l’Esprit Saint : « Jetez-vous tout en Dieu, jetez-vous tout en Dieu, et sachez que, s’il désire quelque chose de vous, il vous rendra généreux dans tout ce qu’il voudra vous employer » 

Les fruits : une vie nouvelle, une vie joyeuse, une vie rayonnante qui a transformé peu à peu la Rome paganisée de son époque en une ville revenue au Christ dans toutes les couches de la société. St Philippe est passé d’une vie d’ermite à une vie missionnaire, au service des pèlerins (il accueillit comme laïc jusqu’à 500 pèlerins par jour pour l’année sainte 1550, et jusqu’à 150 000 en 1575), des malades et de l’évangélisation.

Sa méthode missionnaire ? Etre tout à Dieu et tout aux autres. Il disait que s’il trouvait dix personnes vraiment détachées ne désirant rien d’autre que le Christ, cela lui suffirait pour convertir tous les autres. 

« A la rencontre du paganisme renaissant et de ses séductions subtiles, il s’avancera sans autre arme que la séduction plus puissante encore de la pureté et de la vérité ». Mais « sa scandaleuse méthode fera de lui l’apôtre victorieux de la Rome paganisée. » (Louis Bouyer, 23 ; 26).

St Philippe laisse à tous l’accès immédiat de sa pensée et de son cœur. Il a le contact facile :

« De la foule qui fait cercle, on l’appelle et il répond sans se lasser, à l’un d’un bon mot, à l’autre d’un geste complice de sa main diaphane. Il a un sourire tout prêt pour chacun et qui n’est le même pour personne » (Louis Bouyer). 

Il va droit à cette jeunesse dont il se sent parent et qu’il sent perdue pour le Christ afin de lui faire voir l’incomparable beauté du Seigneur.

« Le voici donc, comme Socrate, encore une fois, semblant n’avoir jamais rien à faire que d’errer à travers le dédale des rues romaines. St Philippe n’enseigne aucune doctrine particulière, n’impose aucune pratique spéciale… c’est tout au plus s’il suggère. Mais on ne peut vivre quelque temps avec lui sans devenir autre qu’on était. De soi-même, on s’imposera les changements qu’il ne proposait même pas. Cet apostolat peu banal qui commence comme une simple amitié et qui finit de même, mais dans l’entre-deux toute la vie d’une âme s’est communiquée à une autre, c’est déjà là le caractère qui restera le plus constant des méthodes oratoriennes pour autant qu’il y en aura jamais. » 

Loin d’être une condamnation du paganisme, sa vie fut une assomption dans la purification de la grâce, du meilleur de son temps. Se mettre à l’école de Saint Philippe, c’est redécouvrir, dans l’Esprit Saint, l’amour fou de Jésus pour moi.

Dans quelques semaines (vendredi 23 juin), nous fêterons comme en écho de Pâques et de Pentecôte, le Sacré-Cœur de Jésus. A Paray-Le-Monial, Jésus dit à Ste Marguerite-Marie : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes et pour toi en particulier que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre. »

Saint Philippe disait : « Donne-moi ta grâce, mon Jésus, que je puisse t’aimer non par peur mais par amour… Jetez-vous tout en Dieu, jetez-vous tout en Dieu, et sachez que, s’il désire quelque chose de vous, il vous rendra généreux dans tout ce qu’il voudra vous employer ».

Sainte Marie, mère de Dieu,
gardez-moi un cœur d’enfant,
pur et transparent comme une source.

Donnez-moi un cœur simple
qui ne savoure pas les tristesses,
un cœur magnifique à se donner,
un cœur tendre et compatissant,
un cœur fidèle et généreux,
un cœur qui n’oublie aucun bien
et ne tient rancune d’aucun mal.

Donnez-moi un cœur doux et humble,
aimant sans demander de retour,
joyeux de s’effacer dans un autre cœur
devant votre Fils,
un cœur qu’aucune ingratitude ne ferme,
qu’aucune indifférence ne lasse,
un cœur tourmenté de rendre gloire à Jésus Christ,
un cœur blessé de son amour
et dont la souffrance ne s’apaisera qu’au ciel.

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